Les gaspillages des collectivités locales

Page mise à jour le 8 août 2003

Gaspillage des régions
Mine de Carmaux
centre de conférences International de Paris
Mini plan calcul du Haut-Rhin
Département de la Nièvre
Hôtel départemental de Bar le Duc
Martinique et Guadeloupe

Gaspillage des communes
Angers
Blois
Bordeaux
Dijon
Fleury

Gaspillage collectifs

Total des gaspillages

Conséquences de l'endettement

Les collectivités locales désignent les communes, les régions, les syndicats intercommunaux, les communautés urbaines.

Le gaspillage de ces collectivités est tellement considérable que quitte à lasser un peu le lecteur, il semble indispensable de passer en revue les cas les plus significatifs, qu’il s’agissent des départements ou des communes. Aux gaspillages connus, il faut ajouter dessous de table qui sont peu connus car ils ne sont pas tous détectés.

Le gaspillage des régions

Les régions ont aussi gaspillé l’argent public avec une grande facilité comme nous allons le voir sur quelques exemples.

La mine de Carmaux

A Carmaux[1], dans le Tarn, se trouve une mine de charbon qui, vers la fin des années 70, était en voie d’épuisement. Après de longues discussions avec le les pouvoirs publics et les Charbonnages de France, les travaux démarrent en 1984, mais la production n’atteint que 23 000 tonnes au prix de revient unitaire de 2 400 francs, alors que le projet avait été bâti sur une production annuelle de 1 500 000 tonnes au prix de revient de 700 Francs. De 1981 à 1984, l’investissement du contribuable français atteint 3,8 milliards pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 80 millions. Il a fallu se résoudre à fermer la mine et à licencier les mineurs.

Le Centre de Conférences Internationales de Paris

Ce projet, annoncé vers la fin de 1989, consistait à créer un bâtiment d’environ 47 000 mètres carrés, quai Branly. Après diverses vicissitudes, le projet a été abandonné, mais la cour des Comptes a constaté que 800 millions avaient été dépensés en pure perte à l’exclusion de 28 millions pour la démolition d’anciens bâtiments appartenant au Ministère des finances.

Le mini plan calcul du Haut-Rhin

En 1994, le département du Haut-Rhin a investi 12,5 millions de Francs dans un projet de supercalculateur baptisé Aïda, projet qui avait reçu en plus une subvention de 25 millions de la Communauté européenne. Cette machine devait être fabriquée par l’entreprise Telmat, une PME installée près de Toulouse qui a déposé le bilan et fait faillite en février 1997. De ce projet, il reste un prototype.

Le département de la Nièvre

Guy Ligier avait de bonnes relations avec François Mitterrand, lequel était un élu de la Nièvre comme Pierre Beregovoy. Les conditions du gaspillage étaient donc parfaitement réunies.

Le département de la Nièvre a dépensé plus de 100 millions de Francs dans le circuit de formule 1 de Magny-cours. L’État dépensait près de 500 millions de Francs dans ce circuit. Comme le circuit n’était pas rentable, le conseil général a racheté les bâtiments et la piste de 4,2 Km pour 19 millions et la ville de Nevers a injecté 7,6 millions pour combler le déficit.

L’hôtel départemental de Bar Le Duc dans la Meuse

Le devis initial se montait à 36 millions. Quand l’Hôtel a été opérationnel, compte tenu de l’adjonction d’un parking souterrain de 200 places non prévu initialement, il a coûté au total 120 millions de francs.

La Martinique et la Guadeloupe

Ces deux départements français souffrent d’un retard sur le plan du développement industriel et peut-être d’un tourisme insuffisant.

A la Guadeloupe, l’ancien président Félix Proto a eu l’idée de faire construire un vélodrome pour un coût d’environ 121 millions de Francs qui finalement ne sert que quelques jours par an, mais qu’il faut entretenir en permanence.

A la Martinique, on a construit, pour 90 millions de Francs, 290 logements HLM sur un terrain non stable et il faut ajouter un complément de 12 à 15 millions pour réparer la dalle et stabiliser le bâtiment.

Le gaspillage des communes

De nombreuses municipalités se sont lancées dans des dépenses somptuaires d’équipement divers sans disposer des fonds nécessaires. Pour cela, on demande des subventions au département, à la région, à l’État et comme cela ne suffit pas, il faut emprunter, emprunt qui seront remboursés en augmentant les impôts locaux (taxe d’habitation, taxe professionnelle, impôt foncier, etc.).

la liste est tellement importante qu’on ne pourra citer ici que les cas les plus significatifs[2].

Le cas de la ville d’Angers

La ville d’Angers dispose d’un aéroport vieillissant, mais dont le trafic est très faible. La presse a parlé de 1350 passagers par an. C’est certainement un peu plus (Roissy a plus de 1350 passages par demi-journée !). Le maire a lancé l’opération de construction d’une nouvelle piste et d’un nouvel aérogare, alors qu’il y a un aéroport à Nantes, un autre à Rennes et que le TGV relie Angers à Paris en 1 heure environ.

Maintenant que l’affaire est engagée, le maire a prévenu les habitants de sa ville qu’il mettrait un terme à son mandat de maire à la fin de 1998, ce qui signifie qu’il laissera le soin à son successeur de se débrouiller avec des dépenses importantes et des impôts locaux qu’il faudra augmenter !

La ville de Blois

En 1992, Jack Lang a l’idée de monter à Blois, un « centre européen du goût ». La première opération consiste à racheter l’Hôtel de Montmorency pour 3,6 millions de francs soit environ le double du prix auquel la ville l’avait vendu à une société immobilière vers 1988.

En 1994, ne trouvant aucun partenaire privé pour continuer le projet, le projet est suspendu, voire enterré, mais la ville a dépensé en plus 6 millions de Francs pour des études.

La ville de Bordeaux

Comme Bordeaux a eu un maire qui a été plusieurs fois ministre et même premier ministre (Chaban-Delmas), on pouvait penser que ce maire aurait été mieux capable de gérer sa ville que d’autres maires n’ayant jamais eu de telles responsabilités. Le résultat a été pire.

Le vélodrome de Bordeaux a coûté plus de 120 millions de francs et est utilisé environ 15 jours par an.

Le club des Girondins de Bordeaux a également coûté une fortune.

En 1986, la Communauté urbaine de Bordeaux a adopté un métro reposant sur la technologie VAL de Matra. La communauté a dépensé 250 millions de francs en études, mais point de métro.

Le résultat est le suivant : cette ville de 213 000 habitants est endettée à hauteur de 1,6 milliards de francs soit 7500 Francs par habitant, mais beaucoup plus par foyer fiscal.

La ville de Dijon

En Avril 1990, le centre de loisir de la toison d’Or été inauguré. Il avait été construit avec un financement de 135 millions investis par la Lyonnaise des eaux et Walibi, mais la ville avait dépensé 20 millions de francs pour les accès routiers et pour un parking de 1 000 places. Trois ans plus tard ce centre fermait ses portes et a déposé le bilan. La ville de Dijon a encore dépensé 6 millions pour transformer le parc de loisirs en espace vert.

La ville de Fleury

Cette commune de 2 000 habitants, à l’époque dirigé par le maire socialiste Christian Montagné a fait construire un observatoire sous-marin qui devait attirer annuellement 100 000 visiteurs. Cet observatoire a coûté officiellement 16 millions de francs (au départ le projet était de 3 millions). Mais c’est un échec technique : les vitres se fendillent sous la pression de l’eau, l’eau du bassin se trouble à cause des fonds sablonneux, etc. Finalement on découvre que l’affaire aura coûté environ 45 millions de francs. Par ailleurs URBA a prélevé sa dîme pour financer le parti socialiste. Les conséquences sont les suivantes : les impôts locaux ont augmenté de 50 %.

On peut également citer le cas de la ville de Belfort et du département qui ont apporté un important soutien financier à l’entreprise Gigastorage pour un résultat nul.

Le parc de loisirs de la commune de Muret

En 1987, le maire cette commune de 18 000 habitants, au sud de Toulouse, a eu l’idée de créer le parc de loisirs sur 200 ha qui devait comporter :

;       un bassin olympique,

;       un golf de neuf trous avec club-house,

;       un centre équestre

;       un musée,

;       un programme immobilier.

Le projet est mal préparé et mal géré. Le nouveau maire, élu en 1989, interrompt les dépenses (atteignant déjà 40 millions), commande deux audits et change l’orientation du projet :

Cela suppose l’achat d’un terrain complémentaire de 130 ha et une nouvelle dépenses de 45 millions. Le Tribunal de grande instance de Toulouse oblige la commune à  abandonner le projet. En 1995, le nouveau maire renégocie la dette et suspend les dépenses et cherche un repreneur.

La cité des congrès de Nantes

En 1988, le projet de ce bâtiment se montait à 329 millions. En 1995, le coût atteint 888 millions auquel il faut ajouter 22 millions pour l’aménagement des abords. Cette cité des Congrès coûte 100 millions par an à la ville jusqu’en 2008.

La ville de Périgueux

Périgueux est une ville de 30 000 habitants, préfecture de la Dordogne, mais dont l’accessibilité n’est pas excellente (pas d’aéroport international). Sa municipalité a eu l’idée de faire construire, en deux ans, deux grands bâtiments, l’un de 800 places et l’autre de 650 places  :

Ces deux réalisations ont coûté au total 52,5 millions de francs.

La ville ne réussit évidemment pas à utiliser ces installations normalement mais en supporte cependant les frais de fonctionnement et d’entretien.

La ville du Perray en Yvelines

Le Perray est une petite ville proche de Rambouillet. La municipalité a eu l'idée de construire un parking pour que les automobilistes puissent parquer leurs voitures afin de prendre le train vers Montparnasse. L'achat du terrain et les travaux d'aménagement ont coûté au total environ 5,5 millions de francs. On constate que ce parking est désespérément vide pour la simple raison qu'il est situé à environ 600 m de la gare. N'était-il pas évident que le terrain était trop éloigné de la gare et qu'il était donc inutile d'acheter ce terrain et de l'aménager ?

La ville du Touquet

La municipalité de cette ville de 6 000 habitants dans le Pas-de-Calais, a réussi, grâce à une mauvaise gestion (aéroport du Touquet), à des détournements de fonds, etc., à endetter la commune à hauteur de 200 millions de francs.

La ville de Tours

Tours est une ville de 175 000 habitants dont la municipalité a fait construire un palais des congrès comportant trois auditoriums, respectivement de 2 700 et 350 places et qui a coûté 522 millions de Francs.

Ce palais des congrès a été ouvert au dernier trimestre 1993 et coûte la bagatelle de 12 millions de francs en frais de fonctionnement. Le Directeur de ce centre était payé 826 000 francs par an pour gérer un outil déficitaire !

La ville d’Yerres dans les Yvelines

Cette commune de 29 000 habitants, s’est fait construire un centre nautique pouvant recevoir annuellement 400 000 visiteurs. Ce centre a coûté 55 millions de francs et a été opérationnel vers 1987.

Quand ce centre fut opérationnel on a constaté, malgré des efforts de promotion que la fréquentation a été très inférieure aux prévisions (moins du tiers des prévisions), mais que les frais de fonctionnement d’un tel ensemble étaient très lourds.

En 1989, la municipalité a donc décidé de fermer ce centre et d’essayer de le vendre. N’ayant trouvé aucun acquéreur, il a fallu payer pour le démolir. L’ensemble de l’opération a coûté 75 millions en pure perte.

Les gaspillages collectifs

Dans le département de l’Hérault, on assiste à une sorte de compétition dans le gaspillage :

le maire PS de Montpellier a proposé le festival de danse en versant une subvention municipale de 5,7 millions.

Le président du conseil général de l’Hérault a versé une subvention de 7 millions de francs pour la manifestation « le printemps des comédiens ».

Le président UDF de la région a organisé les Nuits de Castries (musique classique) avec une subvention de 1,5 millions.

Le total des gaspillages

Le budget total des collectivités locales est passé de moins de 300 Milliards en 1982, à 534 milliards en 1986 et à près de 800 milliards en 1996. On estime que 70 % des investissements publics ne sont plus réalisés par l’État mais par les collectivités locales.

Le magazine Capital rapporte l’estimation d’un président d’une chambre régionale des comptes : « Plus de 10 % des dépenses locales sont gaspillées » soit 80 milliards par an sur un total de 800 milliards, ce qui correspond à plus de 4000 francs par contribuable. Rappelons que le trou de la sécurité sociale ne dépasse pas 40 milliards !

Si on se réfère aux quelques exemples précédents, le gaspillage annuel de 80 milliards est certainement dépassé.

Les conséquences sur l’endettement

Le gaspillage des régions a évidemment des conséquences sur l’endettement moyen par habitant comme le montrent les exemples suivants :

Région

Dette par habitant

évolution 1993/1997

augmentation des frais de personnel

Alsace

Aquitaine

Auvergne

Bourgogne

Bretagne

Centre

Champagne-Ardennes

Corse

Franche-Comté

Ile de France

Languedoc-Rousillon

Limousin

Lorraine

Midi-Pyrénées

Nord-Pas de calais

Basse Normandie

Haute Normandie

Pays de la Loire

Picardie

Poitou-Charentes

Provence-Alpes-Côte d’azur

Rhône-Alpes

847

1165

1183

1142

401

683

898

3250

959

1821

1198

841

715

646

1506

322

1432

415

704

455

924

485

+ 32 %

+ 67 %

+6,9 %

+ 51,7 %

+ 13,6 %

+ 52 %

+ 15 %

+ 47 %

+8,5 %

+ 61 %

+ 11%

+26,3 %

+30 %

-3,5 %

+72 %

39, %

+ 56,1 %

+ 10,7 %

- 1 %

- 27 %

+ 9,7 %

+ 37 %

+ 93 %

+66 %

+50 %

+ 43 %

+ 44 %

+ 50 %

+ 83 %

+ 7,6 %

-14 %

+53 %

+43 %

+ 58 %

+ 27 %

+63 %

+ 44 %

3 36 %

+ 76 %

+ 50 %

+ 89 %

+ 33 %

+ 15 %

+ 108 %

Moyenne

1030

+21 ,7 %

+ 57 %

 Cela signifie que si le Nord-Pas de Calais devait rembourser sa dette, il faudrait en moyenne prélever 6 000 Francs par famille ayant deux enfants !

Les conséquences fiscales

Les paragraphes précédents n’ont présenté que quelques exemples, mais il y en a malheureusement beaucoup plus. Les conséquences sont évidemment désastreuses sur le plan fiscal.

Les impôts locaux ont donc augmenté de façon significative comme le montre le tableau suivant :

Région

Impôts directs par habitant

évolution 1993/1997

Alsace

Aquitaine

Auvergne

Bourgogne

Bretagne

Centre

Champagne-Ardennes

Corse

Franche-Comté

Ile de France

Languedoc-Rousillon

Limousin

Lorraine

Midi-Pyrénées

Nord-Pas de calais

Basse Normandie

Haute Normandie

Pays de la Loire

Picardie

Poitiu-Charentes

Provence-Alpes-Côte d’azur

Rhône-Alpes

429

382

444

383

414

527

454

408

507

358

452

573

330

535

474

560

629

436

548

428

368

424

+ 61,3 %

+ 28,1 %

+ 33,4 %

+ 17,1 %

+ 25,4 %

+ 8 %

+28,4 %

+11,5 %

+33,4 %

+ 36,7 %

+ 15,6 %

+ 44,5 %

+ 26,9 %

+ 21,8 %

+ 25 %

+51,4 %

+ 35,6 %

+ 26 %

+ 14 %

+ 12,3 %

+ 16,4 %

+ 77 %

Moyenne

433

+ 30 %

 Selon le Ministère de l’Intérieur, les impôts locaux auraient subi les hausses suivantes :

1989     + 24,8 %

1990     + 16,2 %

1991       + 9,8 %

1992       + 6,7 %           période précédent des élections régionales

1993     + 21 %

1994     + 14,8 %

1995       + 5,2 %

1996       + 5,3 %

1997       + 1,5 %           période précédent des élections régionales

Si l’augmentation est cyclique, on peut être inquiet pour les années1998 et 1999.

La taxe d’habitation

De 1990 à 1996, la taxe d’habitation a augmenté en moyenne de 26 %, comme le montre le tableau suivant :

Année

Taxe d’habitation moyenne

1990

1992

1994

1996

1914

1910

2189

2416

Augmentation de la taxe d’habitation : +26,2 % en 6 ans

La taxe d’habitation n’existe pas en Suisse.

La taxe foncière sur les propriétés bâties

De 1990 à 1996, cette taxe a augmenté de 54 % comme le montre le tableau suivant :

Année

Taxe foncière moyenne

1990

1992

1994

1996

3383

3891

4652

5229

Augmentation de la taxe foncière : +54,6 % en 6 ans

La taxe professionnelle a également augmenté. En 1996, les collectivités locales ont perçu 286,8 milliards en fiscalité directe et l’état leur a versé en plus environ 250 milliards.

Les conséquences sociologiques

Toux ceux qui constatent les gaspillages et les corruptions d’un grand nombre d’élus, sont tentés de frauder à leur tour à chaque fois que l’occasion se présente avec le motif simple suivant : il n’y a aucune raison de payer tant d’impôts et taxes pour enrichir des élus et nourrir le gaspillage de l’état et des collectivités locales. Le manque de civisme de l’état et de ses représentants conduit à un manque de civisme de nombreux citoyens.

Conclusion

Le gaspillage des collectivités locales montre qu’il est impératif de trouver un moyen de limiter cette hémorragie d’argent. Il est vraisemblable que l’on doit pouvoir réduire les dépenses des collectivités locales d’au moins 100 milliards chaque année.

On constate par ailleurs que ces projets sont rarement des projets industriels, mais :

en oubliant que de telles installations ne peuvent être rentables que si la fréquentation est importante et si les infrastructures annexes pour l’accueil sont suffisantes.

Quand on constate qu’à Paris, le palais des congrès de la porte maillot, les installations de la Porte de Versailles et celles de Villepinte ne sont pas saturés, on a du mal à comprendre la démarche des élus.

[1]       Cf. L’événement du Jeudi  N° 1601 du 2 au 8 avril 1998

[2]       pour plus de détails, on peut consulter le N° 75 du magazine Capital de décembre 1997.