L’incapacité dans la politique de santé

Les suicides

Le coût des hôpitaux

L'imagerie médicale

Le manque de médecins et personnels para-médicaux

 

Régulièrement, et cela quel que soit le parti politique au pouvoir, le gouvernement dénonce les dépenses excessives de santé qui creusent le « trou de la sécurité sociale » :

L’État prend alors diverses mesures et quelques mois plus tard, on constate un nouveau trou dans les comptes de la sécurité sociale.

L’augmentation du nombre de suicides

Selon l’UNPS[1], en 1997, il y aurait eu en France 160 000 tentatives de suicides qui auraient provoquées 11 131 décès. Il faut ajouter à ce nombre les meurtres faits juste avant le suicide et les tentatives qui échouent, mais laissent de graves séquelles.

Contrairement à une idée assez répondue, le taux de suicides des jeunes est moins élevé au Japon qu’en France, comme le montre le tableau suivant, établi par l’OMS :

Selon les derniers chiffres publiés par l'OMS, on compterait presque quatre fois plus de suicides de garçons que de filles chez les jeunes des pays industrialisés.

Le taux annuel reste relativement bas -- inférieur à 15 pour 100 000 jeunes garçons -- au Japon et dans la plupart des pays de l'ouest et du sud de l'Europe. Les taux les plus élevés -- supérieurs à 30 pour 100 000 -- se rencontrent en Fédération de Russie, Finlande, Lettonie, Lituanie et Nouvelle-Zélande.

Une étude menée en 1994 au Canada par le Groupe de travail sur le suicide a rattaché le suicide des jeunes à des facteurs tels que violences sexuelles et émotionnelles, stress, grossesse non désirée, problèmes relatifs aux tendances sexuelles, chômage, emprisonnement, fugue.

Décès consécutifs au suicide ou à des blessures auto-infligées, pour 100 000 jeunes de 15 à 24 ans, 1991-1993

 

Hommes

Femmes

Ratio H/F
(arrondi)

Grèce

3,8

0,8

5

Portugal

4,3

2,0

2

Italie

5,7

1,6

4

Espagne

7,1

2,2

3

Pays-Bas

9,1

3,8

2

Suède

10,0

6,7

1

Japon

10,1

4,4

2

Israël

11,7

2,5

5

Royaume-Uni

12,2

2,3

5

Allemagne

12,7

3,4

4

Danemark

13,4

2,3

6

France

14,0

4,3

3

Bulgarie

15,4

5,6

3

R. tchèque

16,4

4,3

4

Pologne

16,6

2,5

7

Ukraine

17,2

5,3

3

Hongrie

19,1

5,5

3

Autriche

21,1

6,5

3

Irlande

21,5

2,0

11

Etats-Unis

21,9

3,8

6

Bélarus

24,2

5,2

5

Canada

24,7

6,0

4

Suisse

25,0

4,8

5

Australie

27,3

5,6

5

Norwège

28,2

5,2

5

Estonie

29,7

10,6

3

Finlande

33,0

3,2

10

Lettonie

35,0

9,3

4

Slovénie

37,0

8,4

4

Nlle-Zélande

39,9

6,2

6

Féd. de Russie

41,7

7,9

5

Lituanie

44,9

6,7

7


Dans certains pays, il peut y avoir sous-déclaration du fait des préjugés religieux ou sociaux contre le suicide.

SOURCE: OMS, Annuaire de statistiques sanitaires mondiales, 1993 et 1994, 1994 et 1995.

Voici un autre tableau publié par l’OMS : Suicides et blessures faites à soi-même en 1996, pour 100 000 habitants

  Total 5 à 14 ans 15 à 24 25 à 34 35 à 44 45 à 54 55 à 64 65 à 74 75 ans et plus

Nombre
    Hommes  
     Femmes

En %
     Hommes
     Femmes


8174
3105


28,8
10,4


17
2


0,5
0,1


519
165


12,8
4,2


1308
381


30,1
8,8


1761
526


41,3
12,2


1437
609


38,1
16,3


950
464


35,1
16,2


955
434


41,1
15,0


1227
524


87,2
20,1

 

 Les statistiques de l’INED[2] montrent une nette augmentation du taux de suicide en particulier chez les jeunes de 20 à 24 ans.

Période

Suicides totaux

garçons de 15 à 19 ans

jeunes de 20 à 24 ans

morts dû à l’alcoolisme

1950-1954

1955-1959

1960-1964

1965-1969

1970-1974

1975-1979

1980-1984

1985-1989

1990-1994

6243

310

328

384

554

729

808

854

890

785

  893

  868

  972

1404

2106

2820

3301

3103

3092

  58157

  79628

  89693

104 778

103 084

  99 414

  86 209

  69 575

  58 000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce tableau montre la très forte progression du suicide des jeunes alors que la France a eu une petite réussite, malheureusement insuffisante, dans la lutte contre l’alcoolisme.

Une étude plus récente de l'Inserm[3] montre que le nombre de suicides et tentatives de suicides ayant laissé des séquelles des jeunes de 5 à 24 ans s'est stabilisé aux alentours de 11 500 par an, ce qui reste important bien qu'il semble qu'une légère décrue soit en cours.

D’un strict point de vue économique, le suicide des jeunes est grave : ces jeunes ont coûté de l’argent car il a fallu les nourrir, les vêtir, leur donner une formation (même si cette formation est un échec) et ils disparaissent sans avoir produit, alors que le suicide des retraités est presque une économie sur le plan purement économique.

Quelques éléments de réflexion

Plus l’espérance de vie augmente, plus il y a de personnes âgées à soigner et plus les dépenses de santé augmentent.

Plus la médecine fait des progrès notamment à grâce à des techniques modernes mais chères, plus les dépenses de santé seront importantes.

Par exemple, si on soigne mal un sidéen et qu’il ne survit que 2 ans à sa maladie, il n’aura coûté que 2 années de soins. Si au contraire, grâce aux progrès des thérapies, on le soigne bien (trithérapie par exemple) et que sa survie est de 10 ans, alors il aura coûté des médicaments chers pendant 10 ans.

Il faut donc être conscient que le pourcentage du PIB consacré à la santé ne peut qu’augmenter et il faut avoir le courage d’expliquer cela aux électeurs.

Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas réfléchir à une meilleure efficacité du personnel de santé.

Le coût des hôpitaux

L’état est assez discret sur le coût des hôpitaux, surtout en comparaison avec le coût des cliniques privées. Selon une étude de Claude Reichman[4]4], il apparaît que les prix de revient des cliniques sont largement inférieures à ceux des hôpitaux et qu’elles réussissent à faire du bénéfice comme le montre le tableau suivant concernant le coût d’une opération de l’appendice :

coût opération de l’appendice

clinique privée

hôpitaux

en 1990

en 1994

6648

6278

14 336

21 525

Différence de coût entre hôpital public et clinique privée

Pendant la décennie 80, les dépenses hospitalières auraient augmenté de 50 % en Allemagne et de 120 % en France.

Évidemment, les technocrates ont trouvé une solution : si on ferme des hôpitaux, on réduit les dépenses en oubliant que cela aura certainement d’autres effets pervers comme l’accélération de la désertification de certaines régions.

Quand Simone Veil était ministre de la Santé, dans le gouvernement de Raymond Barre, elle avait fait voter une loi permettant aux services publics de supprimer, dans les hôpitaux, des services ou des lits ou des équipements jugés excédentaires. La gauche, arrivée au pouvoir en 1981 abrogea cette loi. Un peu plus tard Simone Veil revint aux pouvoir et refit voter une loi similaire qui ne sera pas mise en application, etc. Puis Martine AUBRY arrive et applique un plan drastique de réduction du nombre de lits.

L’état a montré qu’il était incapable d’avoir une politique suivie en matière de gestion des hôpitaux.

Est-il normal qu’il y ait en Île de France 11 facultés de médecine avec 11 doyens et tous les frais administratifs correspondants ?

Le sous-équipement des hopitaux en imagerie médicale

En Septembre 2000, on constate que les hôpitaux français sont notoirement moins sous-équipés en matériel d’imagerie médicale comme scanners, appareils d’IRM, etc., comme le montre le tableau suivant :

Scanners : 1654 en Allemagne, 1154 en Italie, 595 en France.

IRM   182 en France alors que la confédération de smédecins estime qu'il en faut 450. Il y a en Allemagne1148 appareils et 340 en espagne. Plus de 30 départements ne disposent pas d'IRM.

TEP (tomographe à émissions de positons) : 2 en France contre 76 en Allemagne. Cet appareil est actuellement le meilleur système pour l'examen du cerveau.

Quand l'examen par IRM est indispensable, le patient doit en moyenne attendre 41 jours entre la prescription de l'examen et sa réalisation.Cela conduit à augmenter le nombre de radios qui sont plus nocives que ces examens modernes et qui en outre ne permettent pas de détecter aussi facilement de petites tumeurs qui peuvent être traitées plus tardivement et avec parfois moins de précision, donc avec un taux de mortalité plus élevé.

Le manque de médecins et de personnel paramédical (infirmières, kinésitérapeuthe, etc.)

L'état a jugé bon de mettre un numerus clausus afin de limiter le nombre d'étudiants en médecine. Cette décision était justifiée à une époque où le nombre de médecins avait tendance à devenir un peu trop important.

Mais l'état a oublié que la demande de soins pouvait augmenter, notamment avec l'allongement de l'espérance de vie et que la féminisation de certaines professions, dont les médecins, changeait la donne : 1000 médecins hommes font un certain travail annuel, mais 1000 médecins femmes, compte tenu des congés de maternité et éventuellement d'un travail à temps partiel, font moins de travail professionnel.

Comme l'état a réagi tardivement, nous risquons de manquer de médecins et d'infirmières dans quelques années. A court terme, le passage aux 35 heures entraîne une demande d'infirmières supplémentaires pour les hôpitaux et cliniques, mais l'offre n'a pas changé d'où une pénurie.

En revanche, pour des études ne débouchant pas sur des postes dans le privé comme les études de philosophie, de psychologie, de langues mortes, etc., il n'y a pas de numerus clausus !

[1]         Union Nationale pour la Prévention du Suicide.

[2]         Institut National d’études Démographique : Les données relatives aux diverses causes de décès               sont accessibles via son serveur Internet.

[3]         Cf.  le serveur Internet de l'INSERM.

[4]         Cl le livre : sécurité Sociale : le vrai mal français